Je voudrais aujourd’hui partager avec vous l’une de mes convictions profondes.
Du fond de mon coeur je sais maintenant que dans toutes les souffrances de la vie, il y a quelque chose de profond à vivre si l’on choisit de se tourner vers la grâce. Cette conviction est issue d’une philosophie de vie mais aussi d’une prédisposition de l’esprit. C’est quelque chose qui se cultive, un choix profond. Choisir la grâce de ce qu’il y a à vivre dans nos souffrances.

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Une des définitions de la grâce est un état de béatitude, un bonheur qui console de toutes les pertes.

Le décès d’un proche, la violence de l’humanité, la maladie, les catastrophes naturelles, la pauvreté et la précarité… Toutes ces choses m’amènent à me poser la question à laquelle nous sommes tous confrontés en tant qu’humains : pourquoi la souffrance ? Que peuvent nous apporter ces choses qui nous semblent si injustes ?

Dans la sagesse bouddhiste le terme “dukkha” signifie souffrance. Le bouddha a déclaré que la raison majeure qui retient les êtres et les empêche de devenir éveillés est qu’ils ne comprennent pas pleinement le dukkha.

Alors quelles que soient nos croyances qu’y aurait-il à comprendre dans cette souffrance ?

Peut-être, tout simplement, qu’elle fait partie intégrale à différents degrés de toute existence humaine et que l’on doit tenter de l’accepter comme telle.

Nous venons au monde dans la souffrance… Et pourtant toute naissance est un instant de grâce !

Aujourd’hui c’est l’anniversaire du décès d’une personne qui a joué un rôle très important dans ma vie. Déjà 4 ans que ma cousine Julie avec qui j’avais passé de nombreux moments précieux dans mon enfance nous a quittés. Une femme de 39 ans qui, suite à une rechute violente du cancer du cerveau, a été emportée en quelques jours, à la surprise de tout le monde, médecins y compris. Elle était maman de trois enfants encore très jeunes.

Je me souviens très bien de ce matin, quelques jours après la nouvelle de son décès, où, assise sur un rocher surplombant le canyon de Malibu (récompense de ma randonnée matinale), je regardais la vue et je pleurais ma cousine. Les larmes coulaient abondamment sur mes joues et je me suis demandée : “Est-ce-que cela veut dire que je ne suis pas heureuse ?”

Le départ si brutal de Julie me plongeait dans un désarroi profond. Il me mettait face à la violence de la maladie, aux injustices et aux non sens de la vie et pourtant une part de mon être ressentait que cette perte n’anéantissait ni la beauté ni la richesse de la vie.

C’est alors que j’ai pris conscience que bonheur et souffrance n’étaient pas forcément incompatibles. J’ai ainsi pu m’ouvrir à recevoir ce que cette perte pouvait m’apporter. J’ai pu entendre la leçon qui m’attendait dans ce deuil.

Oui je vivais un deuil violent, oui je pleurais tous les jours, oui je sentais que parfois il eut été facile de me laisser emporter par la colère… Et pourtant au fond de cette tristesse régnait une paix, une grâce. Je la sentais cachée sous mes larmes.

Cela m’amène à un concept que j’ai récemment découvert et qui depuis m’est cher, celui du “bodhichitta” (ou le coeur éveillé).

Dans toute situation de la vie nous avons des choix à faire. Nous pouvons laisser les circonstances et les souffrances de nos vies nous durcir (et alors tomber de plus en plus dans le ressentiment et dans la peur), ou bien nous pouvons les laisser nous adoucir, nous rendre plus ouverts. Surmonter nos émotions en les laissant nous traverser tout en restant ancrés dans le présent ! Nous avons toujours ce choix.

Le terme “bodhichitta” fait référence à cette décision, cette volonté de garder son coeur ouvert. Bodhi signifie «éveillé», «éclairé» ou «complètement ouvert». Chitta signifie «esprit» et aussi «coeur» ou «attitude». Un coeur complètement ouvert est un endroit vulnérable et tendre comme une plaie ouverte.
Bodhichitta est également assimilé avec la compassion, avec notre capacité à ressentir la douleur que nous partageons avec d’autres. Sans le savoir, nous nous protégeons en permanence de cette douleur parce qu’elle nous fait peur. Nous mettons en place des murs de protection faits d’opinions, d’accusations et de préjugés. Ces barrières sont construites sur une peur profonde de ressentir la souffrance. C’est en effet souvent plus simple de rediriger notre souffrance vers l’extérieur que de la laisser nous traverser intérieurement. C’est plus simple d’attaquer l’autre, de dénoncer les injustices de la vie, de râler que de ressentir tout simplement. Ressentir notre désarroi, ressentir notre tristesse et oser la vivre pleinement. Nous pouvons apprendre a cultiver cette ouverture du coeur et vivre ainsi la grâce qu’elle nous apporte.

Cette capacité innée d’aimer est telle une fissure dans les murs que nous érigeons. Nous pouvons apprendre à trouver et à cultiver cette ouverture.

La souffrance est universelle, avec la mort, elle est un élément inéluctable de tout parcours humain.

Nous pouvons apprendre à saisir tout instant d’amour et de vulnérabilité, et grâce à eux traverser la souffrance, la transcender et (sinon devenir des êtres éveillés) toucher à des instants de grâce.

Un commentaire

  1. Helene 21 janvier 2016 à 9 h 33 min

    Chère Christine
    Mon ami est décédé vendredi dernier apres un combat de plusieurs mois contre un cancer des os. Il sera inhumé demain.
    C’est pourquoi votre message me touche profondement.
    Pour l’instant, j’avoue ne pas etre capable de discerner la grâce dans la peine qui me broie le coeur et les entrailles mais vous me donnez l’espoir d’une issue a ce tunnel de souffrance.
    Je vous remercie pour ça.
    Portez vous bien.

    Hélène

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